Au Nord-Kivu, vivre à proximité des volcans signifie aussi vivre avec des récits, des signes, des pratiques et des mémoires transmis entre générations. Dans une tribune publiée par Nyerere Publishing, le journaliste et chercheur en humanités classiques africaines Bandubatahwa Bazungu Bandu propose de regarder la relation des Bahunde aux volcans comme un patrimoine culturel qu’il serait dommage de laisser disparaître sans documentation.
L’auteur décrit une conception dans laquelle les grondements, les changements du milieu, les récits ancestraux, les chants et certains rites s’inscrivent dans une relation entre la communauté et son territoire. Le volcan y est à la fois une réalité naturelle et une présence chargée de significations.
Cette lecture mérite toutefois une distinction essentielle : une tradition culturelle ne doit pas être présentée comme l’équivalent d’un instrument scientifique de prévision. La surveillance volcanique moderne repose sur des observations et mesures spécialisées. En revanche, les connaissances locales peuvent avoir une valeur réelle pour comprendre la mémoire des catastrophes, la perception du danger, les comportements communautaires et la circulation de l’alerte.
Documenter plutôt qu’opposer
Le débat intéressant se situe moins dans l’opposition entre « tradition » et « science » que dans leur mise en dialogue. Documenter les témoignages, les termes locaux, les récits d’éruptions, les pratiques de prévention et les perceptions du territoire pourrait ouvrir des pistes de recherche en anthropologie, histoire, linguistique, écologie et réduction des risques.
Les institutions internationales de réduction des risques reconnaissent que les connaissances autochtones et locales peuvent contribuer à la résilience et aux dispositifs d’alerte lorsqu’elles sont étudiées avec méthode et articulées aux connaissances scientifiques.
La proposition de Bandubatahwa Bazungu Bandu est ainsi une invitation à conserver une mémoire en fusion : celle des populations qui habitent depuis longtemps des territoires volcaniques et dont l’expérience mérite d’être enregistrée avant que certaines transmissions ne disparaissent.
Source principale : Nyerere Publishing — Les Bahunde et les volcans : mémoire en fusion.




